Le musicien

 

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                 Cette nouvelle est un synopsis long de mon roman "le poilu perdu"
Nouvelle présentée aux concours : « L’encrier renversé » à CASTRES et Magazine « Nous deux » à Montrouge

 

 

En me levant, je savais qu’aujourd’hui serait un jour important. J’avais rendez-vous à 14 heures avec ma grand-mère Marie, qui m’avait enfin promis de me raconter une partie de sa vie, celle qui m’intriguait depuis si longtemps : ses premiers amours.

À l’âge de 16 ans, j’appris que mon père avait été adopté et j’en fus très contrariée. J’avais essayé de savoir qui était mon vrai grand-père, mais je m’étais toujours confrontée au silence qu’entourait la naissance de mon père. Seule ma mère avait bien voulu me donner quelques informations : Marie, ma grand-mère aurait eu une aventure avec un garçon du village qui l’aurait ensuite abandonnée. Une deuxième version donnée par ses sœurs disait qu’elle aurait fauté également avec un musicien de passage. C’est pour cela que l’on ne voulait pas en parler dans la famille, car on ne savait pas vraiment qui était le père.

Je m’étais toujours contentée de cela, mais depuis que ma grand-mère était entrée en maison de retraite et que j’allais souvent la voir, je sentais monter en moi cette envie de connaître la vérité sur mes origines. Mon père était mort, il y avait 10 ans, d’une longue maladie et ma mère avait la maladie d’Alzheimer. Elle était donc la seule à pouvoir me révéler la vérité, avant de mourir.

Je me garai devant la maison de retraite, le cœur battant. J’avais peur qu’elle ne tienne pas parole. Je rentrai donc avec appréhension dans sa chambre. Et là, je la découvris assise dans son fauteuil, un grand sourire aux lèvres, quand elle me vit entrer.

Elle était peut-être encore plus heureuse que moi de raconter son histoire, chose qu’elle avait sans doute refoulée en elle toute sa vie, peur qu’on la juge ? Qu’on la rejette ?

Je m’approchai d’elle, l’embrassai, m’assis à côté d’elle en lui prenant la main et sans que je lui demande, elle commença son récit :

« Quand j’ai connu Jean, j’avais 17 ans et la guerre venait de se terminer. Je le voyais régulièrement en cachette de mes parents, très stricts.

Nous avions déniché une petite cabane abandonnée, dans laquelle nous avions aménagé un petit coin douillet où je m’abandonnais totalement dans ses bras. Nous étions jeunes, mais nous avions déjà bravé l’interdit.

La première fois s’était passé un soir où nous avions pu rester toute une journée dans notre cabane, la briqueterie ayant fermé ses portes pour cause de décès.

Nos caresses avaient été plus loin que d’habitude et Jean très affectueusement m’avait fait l’amour. Dans ses bras, je retrouvais toujours le retour vers une vraie quiétude, après des années de peur, famine…

Et puis au mois de juin, nos rencontres s’étaient espacées, prétextant beaucoup de travail, Jean les annulait toujours au dernier moment. Il était devenu distant, moins tendre avec moi, alors un soir, je lui avais demandé ce qu’il avait. Sa réponse me meurtrit au plus profond de mon cœur.

Dans son regard, j’avais vu toute la détermination de ce jeune garçon qui n’avait connu que moi et qui aspirait aujourd’hui à d’autres horizons, même s’il pouvait se brûler les ailes.

Par désespoir ou inconscience, je lui demandai de me faire une dernière fois l’amour.

Surpris par ma demande, mais touché par ma détresse, il m’avait prise dans ses bras. Je m’y blottis et nous restâmes un moment enlacés, sans rien dire.

Cet acte d’amour fut bref et Jean en m’embrassant sur la joue, me força à le regarder droit dans les yeux. Il me dit qu’il ne changerait pas d’avis : sa décision était prise, il partait travailler avec son oncle dans le nord du pays pour plusieurs mois et désirait mettre fin à notre histoire d’amour. »

Grand-mère s’arrêta de parler, elle était de nouveau confrontée à sa souffrance et il lui devenait trop difficile de continuer. Les yeux humides, elle avait tourné la tête pour me dévisager et voir si j’étais en train de la juger. Ses mains que je tenais dans les miennes tremblaient.

Je lui souris et lui caressant la main, je lui fis comprendre qu’elle pouvait continuer, que je n’étais pas là pour la juger mais pour connaître la vérité.

Alors, elle reprit son récit :

« Quinze jours passèrent, une éternité ! À la fête du 14 juillet, j’espérais qu’il serait là et j’avais l’espoir qu’il me reviendrait. Je l’avais vu, oui, mais en compagnie d’une jolie fille… Mon cœur se brisa à jamais ce soir-là.

Je m’enfuis en courant, les larmes plein les yeux, me dirigeant vers l’église pour m’y réfugier et trébuchant, un jeune homme me rattrapa et m’empêcha de tomber. Comprenant sans doute que j’étais désespérée, il me proposa de marcher à ses côtés, je ne savais plus où j’en étais, je l’ai suivi. Nous avons marché longtemps, sans dire un mot, puis il s’arrêta et m’obligea à le regarder. Il n’était sans doute guère plus âgé que moi, mais la vie avait sûrement durci ses traits. Sa barbe de plusieurs jours lui donnait du charme et ne me laissait pas insensible malgré mon chagrin.

Il se présenta en me disant qu’il était « un poilu » revenant de la guerre. On l’appelait « le musicien » car sa guitare ne le quittait jamais. Il essuya alors avec douceur les larmes qui coulaient encore sur mes joues, me prit la main et me dit qu’il me trouvait très jolie. Je ne le connaissais pas, mais sa voix m’apaisait. J’avais tellement envie de ne plus souffrir, tu me comprends ? »

Elle s’arrêta, inquiète de mes réactions, mais encore une fois, je lui fis signe de continuer.

« Il avait sans doute ressenti un frémissement en moi et m’avait pris dans ses bras, une étreinte que je n’avais pas refusée. Nous avions repris notre marche, maintenant, main dans la main. À l’orée d’un bois, il m’avait subitement entraînée à l’intérieur, me faisant courir à perdre haleine. J’avais trébuché et nous nous étions retrouvés tous les deux, assis par terre, riant aux éclats.

Nous étions dans une clairière et le ciel étoilé nous offrait une lueur bleutée au milieu des arbres agités par une douce brise. Il avait sorti de son sac une petite couverture et nous nous y étions installés. Allongés et le regard perdu dans la multitude des étoiles, témoins de la scène, nous n’avions plus bougé jusqu’à ce que nos mains se rejoignent de nouveau. La situation était devenue sensuelle. Moi, qui connaissais les plaisirs de la vie depuis peu, ne compris pas ce qui m’arrivait lorsque mon corps trembla soudain d’un désir intense pour cet inconnu. Mon ventre était tendu et rempli de sensations nouvelles.

Lui, le vagabond, semblait attendre un signe de moi, il ne voulait rien brusquer.

Lorsque nos regards s’étaient enfin croisés, nous avions su que nous avions la même envie, celle de se donner l’un à l’autre. Il avait posé sa bouche contre la mienne et je m’étais abandonnée, répondant à son tendre baiser qui devint très vite plus ardent.

Il m’avait fait l’amour avec toute la tendresse qu’il était sans doute capable de donner. J’étais restée longtemps dans ses bras, rassurée. Une légère brise frôlait nos deux corps dénudés, mais nous n’avions pas froid, notre excitation n’étant pas complètement retombée.

Puis je me suis endormie profondément, apaisée. »

Grand-mère me demanda alors un verre d’eau, ses souvenirs sensuels venaient de la perturber et je lui proposai d’aller marcher dans le parc pour continuer son récit. Elle accepta volontiers.

Assises toutes les deux sur un banc, sous un platane, elle poursuivit son histoire :

« Tu comprendras, qu’à mon réveil deux heures après, je pris conscience de ce que je venais de faire et de toute sa gravité. Mes parents devaient se demander où j’étais et il fallait que je rentre au plus vite.

Dans mon regard, « le musicien » vit mon désarroi et il semblait honteux, j’avais été entièrement consentante, mais il avait peut-être profité de mon désespoir pour provoquer en moi cet abandon d’une nuit.

Il voulut me retenir, mais me rhabillant très vite, maladroitement, remettant en place mes cheveux ébouriffés, je lui fis comprendre que nous ne devions plus nous revoir, que cette nuit avait été une erreur de ma part et m’enfuit en courant vers le village.

Un mois après, j’appris que j’étais enceinte.

Demain, reviens Sylvie, me dit brusquement ma grand-mère, je te raconterai la suite, tous ces souvenirs m’ont fatiguée. »

Ce récit m’avait troublée également et ma nuit fut très agitée. J’étais perturbée par ce que j’avais découvert sur ma grand-mère et j’étais impatiente de connaître la suite. J’arrivai de bonne heure le lendemain, en espérant la retrouver dans d’aussi bonnes grâces.

Ce fut le cas, elle m’attendait sans doute avec impatience, elle aussi. Parler devait soulager sa conscience.

« Hier, je t’ai dit que j’avais découvert que j’étais enceinte et il fallut bien que je le dise à mes parents. À cette époque, c’était un déshonneur d’attendre un enfant illégitime. Mes parents me cachèrent dans le grenier et dirent aux habitants du village que j’étais partie travailler chez une cousine. Seule, ma meilleure amie Sandrine, qui connaissait toute la vérité, avait la permission de venir me voir. Ce fut une période très difficile pour moi, mais je l’acceptais, c’était ma punition.

Un jour, Sandrine vint me dire qu’un jeune homme désirait me parler et qu’elle pensait que c’était le musicien car il avait une guitare dans le dos. Profitant de l’absence de mes parents, je pus sortir et me rendre à ce rendez-vous.

Puisqu’il cherchait à me revoir, je voulais juste qu’il comprenne que notre nuit était bien une erreur et que je ne voulais pas qu’il essaie de me revoir. Bien entendu, il ne fallait pas qu’il sache que j’étais enceinte. À quinze jours d’intervalles, je ne pouvais pas savoir qui était vraiment le père et dans mon cœur, je souhaitais vraiment que ce soit Jean.

Notre rencontre fut difficile car bien que déterminée, je ne pouvais m’empêcher de penser à nos ébats et ce que cela avait provoqué en moi.

Je réussis cependant à trouver les mots pour le décourager et lui demander de m’oublier. Malheureusement, concernant ma grossesse, j’eus un haut-le-cœur pendant la discussion et il comprit tout de suite la situation. Je lui ai dit alors que d’après les dates, je ne pouvais être enceinte que de Jean. Je ne sais pas si je l’ai convaincu sur le moment, mais plus tard, mon amie m’a fait parvenir une lettre de lui.

Elle mentionnait son nom et son adresse et m’indiquait que si j’avais besoin d’aide pour élever cet enfant, il serait toujours là. Il était vraiment tombé amoureux de moi et pensait lui, qu’il pouvait bien être le père de ce petit être que je portais.

Mais, il respectait mes choix. Je n’entendis plus parler de lui.

J’accouchai d’un petit garçon, ton père. Jean rejeta cette paternité, se maria et partit du village. Je me retrouvai donc seule, avec un enfant et ce furent mes parents qui l’élevèrent pour que je puisse travailler.

Trois ans plus tard, je fis la connaissance de M. CARET, un agriculteur, qui accepta de m’épouser et surtout d’adopter mon fils. Je pensais enfin avoir trouvé le bonheur, en donnant naissance à un deuxième petit garçon.

Malheureusement, à l’âge de cinq mois, j’ai retrouvé mon bébé mort en revenant de faire une course. Je l’avais laissé seulement dix minutes seul et à mon retour il était sans vie. On a conclu à l’époque, après enquête, qu’il avait succombé à la mort subite du nourrisson.

À compter de ce jour, mon mari devint alcoolique, ma vie un enfer jusqu’à son décès, ton père avait alors 16 ans. Il s’engagea dans l’armée et à partir de ce jour-là, j’ai vécu seule jusqu’à ce qu’il revienne, construise une famille et me donne trois beaux petits enfants.

Voilà Sylvie, tu sais tout maintenant et je ne veux plus que l’on en parle ».

Abasourdie par tout ce que je venais d’apprendre, j’embrassai tendrement ma grand-mère et lui promis de garder tout cela pour moi. Je lui demandai juste si elle avait gardé la lettre du musicien, mais malheureusement elle ne savait plus où elle était.

Dans les mois qui suivirent, je continuai à voir régulièrement ma grand-mère, mais nous ne parlions plus de son passé. Cela ne servait plus à rien, sans indice sur ce musicien, je ne pouvais pas savoir s’il était bien mon grand-père. Jean quant à lui, avait construit une famille, je n’allais pas détruire tout cela pour une incertitude quant à sa paternité.

À la veille de Noël, elle s’était éteinte, en paix, mais non sans me demander de lui pardonner toutes ses fautes. Bien entendu que je lui pardonnais, la vie ne l’avait pas épargnée.

En rangeant toutes ses affaires, je tombai sur une pochette où étaient renfermées une bonne dizaine de lettres, des courriers divers. Intriguée, je pris le temps de tout lire et là, avec surprise et joie, je tombai sur la lettre du musicien.

J’avais ainsi son nom et son adresse : Loïc KEVORNEC, habitant à Guérande. Toute excitée, je décidai d’essayer de le retrouver. S’il était encore en vie, il devait être bien vieux. Ma première idée fut donc de contacter toutes les maisons de retraite autour de son lieu d’habitation. J’eus beaucoup de chance car au bout d’une vingtaine de coups de fil, une secrétaire me dit que ce monsieur était bien un résident dans leur institut.

En demandant s’il était possible que je lui rende visite, on me répondit qu’il ne voulait voir personne, qu’il n’avait plus de famille. J’insistai cependant, en suggérant de lui dire que la petite fille de Marie désirait le rencontrer.

La personne accepta et un rendez-vous téléphonique fut fixé pour le lendemain matin avec une dénommée Brigitte.

J’avais le groupe sanguin de ma grand-mère et celle de mon père, il suffisait de connaître celui du musicien et la paternité pouvait sans doute être prouvée ou non.

Je fis donc des recherches à la bibliothèque municipale pour comprendre comment fonctionnaient les groupes sanguins pour les descendances. Le fait que ma grand-mère fut du groupe O- et mon père A+ rendit les choses plus faciles.

La seule solution pour être le père était d’être soit du groupe A, soit du groupe AB. Les groupes B ou O interdiraient toute paternité possible.

Et bien, il n’y avait plus qu’à connaître celui du musicien.

Je rappelai avec appréhension, comme convenu et demandai Brigitte. Celle-ci m’annonça que M. KOVERNEC avait accepté de me voir. Elle m’informa qu’il était très agité depuis et me demanda de le ménager lors de ma visite. Je lui promis et une date fut retenue, quinze jours plus tard, pour me laisser le temps de me retourner et organiser mon voyage.

Le jour tant attendu arriva, je me rendis à GUERANDE.

Arrivée à la maison de retraite, Brigitte était là pour m’accueillir, un coup de fil la veille l’ayant avertie de mon arrivée. Il faisait beau et elle me dirigea vers un petit jardin où des bancs étaient installés sous des arbres très feuillus.

Elle me montra du doigt, au fond du jardin, un vieux monsieur, barbu, portant un chapeau très usé et un long manteau noir. Il était assis sur un tronc d’arbre.

Timidement, je m’approchai de lui, j’étais consciente que cet inconnu pouvait être mon ancêtre. Je m’assis à côté de lui, tout doucement pour ne pas le surprendre et l’effrayer.

Je lui demandai si je ne le dérangeais pas et il me répondit, la voix tremblante, qu’il m’attendait et qu’il était très heureux que je sois là. Dans ces rêves les plus fous, il espérait cet instant car il n’avait jamais oublié Marie.

Je lui avouai, émue, que Marie nous avait quittés, non sans m’avoir raconté avant, leur rencontre et ce qui s’en était suivi. Je lui annonçai que mon but en venant le voir était de chercher à savoir s’il était mon grand-père. Pour cela j’avais besoin de son groupe sanguin et lui demandai la permission de lui faire faire une prise de sang pour le connaître.

Il répliqua qu’il n’y voyait aucun inconvénient, au contraire. Il me donnait l’autorisation de demander aux infirmières de faire le nécessaire dès aujourd’hui, son désir d’apprendre la vérité était important pour lui aussi.

Notre conversation sembla soudain le fatiguer et il me demanda de revenir le lendemain, avec les résultats. Il me fit comprendre également, qu’il avait quelque chose d’important à me révéler.

Je me retirai, très troublée par notre conversation, brève mais intense. Tout coïncidait avec le récit de ma grand-mère. Mais que voulait-il me dire de plus ?

Le lendemain, je me levai très tôt, j’avais très mal dormi, mais j’étais prête à affronter cette journée. Le vieil homme était dans sa chambre et je n’eus pas trop de mal à le retrouver.

Il semblait plus fatigué que la veille, mais c’est d’une voix ferme qu’il me demanda de l’écouter sans l’interrompre, ce qu’il avait à lui dire était très difficile. Il voulait soulager sa conscience avant de mourir et était heureux d’avoir enfin quelqu’un pour pouvoir le faire.

Assise, calme et impatiente à la fois, je lui signifiai que j’étais prête à l’entendre.

« Je suis revenu 5 ans après au village de St Molf. Mes intentions étaient d’essayer de revoir Marie, elle et son enfant. Arrivé près de sa maison, une vieille ferme aux volets défraîchis, je ne vis personne… J’étais sur le point de partir quand j’ai entendu les cris d’un bébé.

La porte d’entrée était ouverte et je n’eus pas de mal à trouver d’où venaient ces pleurs.

Mon esprit était tellement brouillé à ce moment-là, que j’ai cru que l’enfant que je voyais là dans son berceau, était le mien. Une envie irrésistible m’a poussé à le prendre dans mes bras.

Il s’est calmé et m’a souri. Je l’ai alors serré très fort sur moi et je me suis mis à chanter.

Ce moment magique passé, j’ai desserré mon étreinte et là, ce que je vis me jeta dans un effroi indescriptible. L’enfant était violacé, il avait les yeux exorbités. Je l’avais étouffé sans le vouloir. J’avais tué mon enfant ! Et puis, c’est en reposant ce corps inerte dans son berceau que j’ai réalisé tout d’un coup : cinq ans étaient passés, il ne pouvait être le mien, c’était l’enfant d’un autre forcément. Mon enfant devait avoir presque quatre ans aujourd’hui…

Le vieil homme s’arrêta de parler, trop ému pour continuer. Moi, j’étais stupéfaite, mais tout se recoupait à présent. Le mystère de la mort de ce bébé était enfin résolu. Mais quel choc, ce bébé, victime d’un amour fou !

Devant mon silence, il reprit la parole :

 » Pardon pour ce que j’ai fait, pas un jour ne s’est écoulé sans que j’en demande pardon au monde entier, mais je me suis réfugié dans ma musique et je suis resté prisonnier de mon secret. Je me promis de vivre le restant de ma vie seul et c’est ce que j’ai fait. »

C’est alors que Brigitte entra dans la chambre pour nous donner les résultats du groupe sanguin. Je l’en remerciai et sortis de la chambre pour en prendre connaissance. Cela n’avait plus la même saveur et je crois qu’à ce moment-là, j’espérais que Jean soit en fin de compte mon vrai grand-père. Mieux valait un lâche qu’un assassin, même si cet homme avait agi par amour, un amour inconditionnel pour ma grand-mère. Une fois lus, je remis les résultats dans l’enveloppe et retournai dans la chambre. Je me dirigeai doucement vers le vieil homme, dont le regard humide, plein de souffrance me fixait… Attendait…

Je ne le fis pas languir plus longtemps et lui annonçai que son groupe étant AB+, il pouvait être le géniteur, mais le doute subsistait puisque je ne connaissais pas le groupe de Jean. Les personnes concernées n’étant plus là, je lui promis de garder son secret. Je lui dis au revoir en l’embrassant et sortis en silence sans me retourner, mais des sanglots étouffés me parvinrent lorsque je refermai la porte. Je pris une grande inspiration pour contenir ma propre émotion.

Je lui avais menti, sûrement par pitié, devant tant de souffrance et remords. Je savais qu’il n’était pas mon grand-père, son groupe étant B, il n’était pas compatible avec celui de mon père. Ma grand-mère avait raison : son fils était bien le fruit de son premier et seul grand amour, Jean.

Le poilu s’était perdu tout seul… pour rien…

Mais, qui peut dire : « j’ai vécu  un amour tellement grand, que je me suis perdu » ?

 

 

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