Un chemin si paisible

 

 

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       Nouvelle présentée aux concours : Le Loir littéraire à La Flèche et George Sand à Déols  
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Par une belle matinée de septembre, nous avions découvert mon mari et moi, un petit chemin tranquille, un peu sinueux mais facile à parcourir. Il était bien ombragé et le sol était très praticable tout au long de l’année.

On aimait bien se retrouver là tous les deux, par n’importe quel temps, dès que nous avions un moment libre dans la journée.

Au début, nous allions tous les jours dans ce havre de paix parce que nous avions besoin de nous ressourcer : notre fille, Hélène, avait décidé de quitter le foyer familial et nous étions dans un désarroi total, car il nous avait été difficile de l’accepter. Cela avait été trop brutal, sans signe avant-coureur.

Nous avions eu des problèmes pour avoir un enfant, alors quand Hélène était née, notre bonheur avait été immense.

Son enfance, son adolescence nous apportèrent leur lot d’inquiétude, d’affrontement, mais notre famille se retrouvait toujours et continuait à avancer main dans la main.

Quand est arrivé Thibaut, un jeune du quartier, sans travail, un peu désœuvré, Hélène, qui à l’époque faisait encore ses études de droit, tomba follement amoureuse de lui. Son attitude envers nous changea, nous ne la reconnaissions plus. Nous nous disputions souvent n’acceptant pas son nouveau comportement : rentrées de plus en plus tardives, sautes d’humeur inexpliquées, dialogues difficiles…

Petit à petit, tout s’était adouci, Thibaut qui avait trouvé du travail, venait souvent à la maison et elle partageait enfin avec nous son bonheur.

Un matin, ne voyant pas descendre Hélène pour prendre son petit-déjeuner avant de partir à la faculté, je décidai de monter dans sa chambre pour la réveiller.

Il n’y avait aucun bruit. J’allumai la lumière et vis avec stupéfaction que son lit n’était même pas défait. Elle n’était pas rentrée de la nuit.

Une lettre était déposée au centre de son lit, bien en évidence. Elle nous était adressée.

Je me rappelle avoir eu du mal à l’ouvrir, tant mes mains tremblaient, et dès la lecture des premiers mots, j’avais compris la gravité de la situation. Je frémis encore, rien qu’en y pensant. Je n’avais pu retenir un long cri, et Jean m’avait rejoint inquiet, ne comprenant pas ce qui se passait. Alors, je lui lis la lettre, à haute voix.

Elle nous expliquait qu’elle avait pris la décision de partir et nous demandait pardon. Elle nous disait que c’était très réfléchi. Elle n’avait pas voulu nous en parler, ayant peur de notre réaction. Elle savait qu’on aurait tout fait pour la faire changer d’avis.

Cette décision nous révolta, car nous ne la comprenions pas. Tout allait bien, que s’était-il passé ? Pourquoi la vie auprès de nous lui avait-elle été si insupportable, qu’elle avait choisi de partir ainsi, loin de nous ?

Sans nous dire au revoir.

Nous avions tous deux à cœur de la rejoindre, mais on finissait toujours par se dire qu’il valait mieux attendre qu’Hélène nous fasse un signe.

Mais, ce signe n’était jamais venu.

C’était il y a six mois…

 

À chaque fois que nous empruntions ce chemin, nous marchions doucement, bras dessus, bras dessous, et nous nous sentions en communion totale, nos pensées étant toujours axées sur ce départ incompréhensif.

Il n’était pas très loin de notre maison et on aimait bien s’y rendre à pied. Il nous permettait de longer la rivière, endroit que nous fréquentions souvent avec Hélène, quand elle était petite.

Nous avions espacé, par la suite, nos petites promenades, pour enfin ne plus y retourner, quand Jean était tombé gravement malade. Il n’avait plus la force de cheminer longuement, il était épuisé par ses souffrances, alors je restais avec lui, je ne voulais pas le laisser seul.

Cela m’avait beaucoup manqué de ne plus faire ce trajet, alors souvent, je fermais les yeux et m’imaginais marchant au milieu de cette nature apaisante parfois seule, parfois avec Jean, mais jamais avec ma fille. Je n’y arrivais pas.

Aujourd’hui, je reviens sur ce sentier, Jean s’est éteint, emporté par sa maladie. Il a fini de souffrir.

J’aborde cet espace le cœur serré, il me faut franchir les premiers mètres qui longent un muret pour commencer à me détendre mais, ce n’est qu’en arrivant à l’endroit où le chemin est bordé d’arbres, que je ressens un vrai apaisement.

Je me sens, de nouveau, chez moi…

En passant sous la voûte des branches, je suis saisie par les senteurs si familières, odeur de feuilles mélangées. Le chemin se rétrécit un peu et les hautes herbes me caressent les jambes.

C’est la bonne saison, les abords du sentier ressemblent à des compositions florales, offrant pour la vue, un joli spectacle de couleurs variées.

Je prends alors une allure plus rapide, tout en essayant de profiter de chaque pierre, réchauffée par un soleil qui est au zénith. Il y en a de toutes les formes et elles sont toujours au même endroit. Elles sont remplies d’histoire.

 

Je vois le bout du chemin et je tremble d’émotion.

Pour la première fois, je viens seule et je me sens perdue.

À qui vais-je parler ?

L’endroit n’a pas beaucoup changé.

Il y a juste moins de fleurs, comme si ce lieu nous reprochait notre absence.

Des larmes se mettent à couler le long de mes joues, doucement, puis de gros sanglots arrivent sans que je puisse maîtriser quoi que ce soit. Cela fait longtemps qu’une telle émotion ne m’a pas envahie depuis la mort de mon mari. Mais je sens, qu’aujourd’hui, j’en ai bien besoin, pour éliminer ma tristesse intérieure, trop intense.

Alors, je m’approche lentement et m’assois, comme par le passé sur la pierre plate qui nous attendait toujours, au pied d’un arbre, un magnifique pin sylvestre.

On parlait de ce que l’on ressentait, de nos envies, de nos chagrins, de notre vie devenue trop triste depuis que notre fille avait choisi une autre route.

On repartait, un peu moins déprimés, se promettant de revenir.

 

Je caresse cette pierre et la sensation du marbre froid que je ressens sous mes mains me fait frissonner.

Je les retire rapidement et mon regard se pose alors, sur deux plaques rectangulaires, posées côte à côte, semblant soudées à jamais et je ne veux plus m’en détacher. Et comme à chaque fois, j’ai le sentiment que mon cœur est transpercé par une lame foudroyante.

 

Aujourd’hui, on peut lire, ces mots à caractère doré qui me font si mal :

À notre fille chérie À mon mari adoré

Hélène                                        Jean

1980 – 1998                            1955 – 1999

Je suis assise sur la tombe de ma fille… Mon mari l’a rejointe, hier.

Je repense au jour où elle s’est suicidée, abandonnée par celui qu’elle aimait. Thibaud était parti sans explication, elle ne l’avait pas supporté.

Banale histoire d’amour qui finit mal !

Ce chemin qui m’apaise… Je n’aurais jamais voulu le connaître.

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