La liberté a un prix

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Dormillouse

 

J’ai 10 ans, et aujourd’hui je veux réaliser mon rêve… Arriver au sommet de la montagne !

Samson est né dans les Alpes, dans un village situé au pied de Dormillouse dont le sommet est à plus de deux mille mètres.

Il a plusieurs frères et sœurs, mais c’est lui le plus dégourdi et surtout le plus indépendant.

Il aime se promener tout seul autour de la propriété et son rêve est de monter jusqu’au sommet de la montagne. Jusqu’à présent, on le laisse aller jusqu’au bout du bois, après c’est défendu, car pour l’atteindre, il faut franchir plusieurs étages montagnards.

Il se rappelle les recommandations qu’on lui fait à chaque fois  qu’il veut partir.

– Il y a des loups qui vont te manger si tu montes tout là-haut !

Mais aujourd’hui, il était décidé à franchir cette interdiction, et profitant d’un moment d’inattention, il courut jusqu’à la lisière du bois sans se retourner. Les odeurs du printemps, arrivé doucement depuis plus d’une semaine, lui remplirent les narines agréablement et lui donnèrent du courage pour affronter l’étage Collinéen qui s’offrait maintenant à lui. Il se sentait libre.

Il avança d’un pas sûr et attaqua la légère pente. Il se fraya un chemin à travers les frênes et les chênes qui cohabitaient généreusement à cette altitude. Ils lui permettaient de ne pas être vu d’en bas. Il avait réussi la première étape. Il était rempli de fierté, se moquant des conséquences et punitions qui ne manqueraient pas de tomber à son retour. Rien ne le ferait reculer !

Il savoura chaque pas franchi, croisa un écureuil qui fit un bout de chemin avec lui, sautant agilement de branche en branche et quand il arriva à la sortie du bois il fut surpris d’avoir trouvé tout cela assez facile.

Le plus dur était sûrement à venir car il était sur le point d’attaquer l’étage montagnard constitué de forêts mixtes comportant des hêtres, des mélèzes à aiguilles caduques mais aussi des arbres dont le feuillage est persistant comme les sapins et les pins sylvestres. Il savait qu’il devrait cheminer à travers tous ces conifères, rencontrer sans doute des cerfs, des pics épeiche, mais sa détermination était plus que jamais là, il était trop près du but.

Avec l’arrivée du printemps apparaissaient les jeunes aiguilles et feuilles caduques sur les rameaux de différentes longueurs des mélèzes et des Hêtres. C’était la première fois qu’il en voyait de si près et il était impressionné. Il savoura la chaleur des rayons du soleil qui transperçaient les branches et venaient lui caresser le dos et surtout lui donner une certaine sécurité. Même si on était en plein jour, dans cette forêt dense, la luminosité était assez faible.

Il n’avait pas pensé qu’en montant en altitude, il allait avoir plus froid, mais sa hardiesse balaya ce sentiment de peur. Il marcha un peu plus vite pour se réchauffer. Il savait qu’en bas on allait le chercher et que l’on pourrait le rattraper avant d’arriver au sommet.

Rassemblant son courage, il continua à avancer, sans se retourner, les yeux rivés sur le sommet de la montagne qu’il voyait se profiler entre les arbres et qui l’attendait.             Parfois il tombait sur un sentier et le suivait scrupuleusement pour ne pas se perdre.

Au bout d’une heure, fatigué, il s’allongea au pied d’un magnifique mélèze. Sa forme conique atteignait plusieurs mètres. Le vent commençait à se faire sentir, il faisait bouger les branches et une ribambelle de grains de poudre jaune et fine s’en échappait. Il devrait sans doute se secouer en se relevant.

Un pic épeiche vint lui faire un petit coucou, très rapidement.

Il s’endormit.

Se réveillant en sursaut, sûrement à cause du vent qui provoquait des frémissements à travers les arbres, il reprit son voyage vers les hauteurs.

À la sortie de la forêt, il arriva enfin sur un chemin escarpé dont la pente était vraiment abrupte, mais il se sentait agile et sa petite halte lui avait fait du bien. Il était au niveau subalpin où il y a moins d’arbres et où vivent les marmottes… Et les loups. Donc il décida de ne pas trop flâner et il parcourut rapidement ce palier pour atteindre au plus vite l’étage alpin où on pouvait trouver « la pelouse alpine » ainsi que de vastes zones rocheuses Le vent soufflait très fort mais il ne sentait plus le froid.

La vue était magnifique, il restait quelques amas de neige et on voyait au loin les autres montagnes.

Il marcha encore une bonne heure et arriva enfin au pied du sommet. Une barrière de rocher était encore à franchir et il se demanda alors comment il allait faire. Il faisait de plus en plus froid et là il comprit qu’il ne pourrait pas aller plus loin, il n’en avait pas les moyens.

Un peu déçu mais fier quand même d’avoir été aussi loin, il s’assit sur un rocher, regarda le paysage qui s’offrait à lui, images qui devraient à jamais être gravées en lui.

Puis il décida enfin de redescendre. Ce qui fut plus facile et plus rapide.

En attaquant la forêt, il décida de s’arrêter pour souffler un peu et chercha un endroit à l’abri. Tout à ses recherches, un bruit se fit entendre derrière son dos. Il se retourna et ce qu’il vit le glaça : un animal ressemblant à un chien était à cent mètres de lui, le fixant de ses yeux noirs. Il comprit tout de suite : c’était un loup et il avait l’air affamé.

Il n’avait aucune échappatoire, si ce n’est courir à travers les arbres et en trouver un pour y grimper le plus haut possible, mais le loup ne lui en laissa pas le temps, il lui sauta à la gorge.

             Samson, le pauvre mouton épris de liberté, termina sa route, seul sans défense, sans avoir atteint le sommet de cette montagne tant envié.

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