Guérir et vivre

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Toussant de plus en plus, je décidai de consulter un pneumologue.

Je n’ai jamais aimé les salles d’attente remplies de gens malades, de peur d’attraper leurs microbes. En fait, je suis un peu hypocondriaque d’après mon entourage.

Le professeur qui me reçut devait avoir mon âge, il me mit à l’aise rapidement en me disant qu’il allait me faire un tas d’examens mais qu’il ne fallait pas trop que je m’inquiète.

Je sortis à moitié rassuré, mais déterminé à me prendre en mains et à affronter la vérité quelle qu’elle soit.

Une semaine plus tard, mes résultats sous le bras, j’arrivai dans la salle d’attente. Il n’y avait qu’une dame, assise les jambes croisées qui leva la tête en me saluant. Je lui retournai son salut et m’assis en face d’elle. Reprenant sa lecture elle ne fit plus attention à moi. De mon côté, pour me détendre, je ne pouvais m’empêcher de la regarder et d’imaginer pourquoi elle était là. Avait-elle une maladie grave ou n’était-ce qu’une première consultation ?

J’avais bien envie d’entamer une conversation, mais une porte s’ouvrit et le professeur lui fit signe d’entrer dans son bureau.

Je me retrouvai seul, avec une angoisse qui grandissait de plus en plus en moi. J’avais lu les résultats et bien que les termes écrits m’étaient la plupart inconnus, je pressentais qu’ils n’étaient pas très bons.

Au bout d’un temps interminable, la jeune femme sortit, un sourire aux lèvres et le professeur me demanda enfin d’entrer dans son cabinet.

Je lui tendis mon enveloppe, les mains moites, m’assis sur le fauteuil rouge qui s’offrait à moi et attendis que le médecin lise les chiffres notés et les commentaires sur les documents remis.

– Vous avez un début de cancer des poumons, dit le professeur sans ménagement.
Je crus que j’allais m’évanouir tant la nouvelle était dur à entendre.

S’en rendant compte, il m’expliqua rapidement qu’il allait tout faire pour essayer de me guérir car pour l’instant il n’y avait pas de métastases visibles. Le traitement serait sans doute lourd et long. Il rajouta que la médecine avait fait de gros progrès.

– Pensez-vous que j’ai des chances de m’en sortir ?

– Je pense que si vous faites bien le traitement et surtout si vous arrêtez de fumer, vous avez des chances que les choses s’améliorent. Tout dépend de vous maintenant.

– Je vais essayer de trouver cette force, Docteur, lui répondis-je.

Le verdict était donc tombé : je suis atteint d’une grave maladie, moi qui suis terrorisé au moindre signe maladif, même un simple rhume m’angoisse. J’aurais dû m’arrêter de fumer !

Trop tard me répond une petite voix intérieure.

Non, il n’est jamais trop tard, je vais me battre et s’il ne me reste que quelques mois à vivre, je vais en profiter pour profiter à fond chaque jour, chaque instant qu’il me sera donné, en dehors des examens et soins promulgués.

Je crois que je vais me faire plaisir en m’achetant la voiture de mes rêves, une Porsche 1924, j’ai quelques économies et mes enfants auront la possibilité de la revendre si je meurs. Je ferai aussi les voyages dont j’ai toujours rêvé.

Aujourd’hui cela fait six mois que je me soigne et je viens de voir mon docteur qui m’a annoncé que mes examens étaient meilleurs. Il est vrai que j’ai suivi à la lettre tous ses conseils et que j’ai accepté de suivre tous les traitements, si pénibles soient-ils.

Coïncidence j’ai revu la jeune femme qui était avec moi dans la salle d’attente. Elle était là pour un examen de contrôle. Nous avons un peu discuté et avons parlé de notre santé respective. Je ne crois pas au coup de foudre, mais je pense que mon cœur s’est emballé pour cette jolie personne. Nous avons échangé nos numéros. Je compte la rappeler dès ce soir.

À mon retour, je ne comprends pas, j’ai subitement très mal au thorax, j’ai du mal à respirer. Je crois que j’ai dû perdre connaissance et je ne sais plus où je suis.

J’entends vaguement au loin des voix, mais je ne comprends pas ce que l’on me demande.

J’ai le sentiment que je vais mourir, mais le docteur m’a dit que tout allait bien. Si je n’avais pas si mal, je croirais que je suis en train de faire un cauchemar.

Et puis la douleur commence à s’atténuer, mais je ne peux ni bouger, ni parler, ni ouvrir les yeux.

J’ai dû faire un malaise ! Cela va sans doute passer. Je décide de prendre mon mal en patience, j’ai l’impression que beaucoup de monde se trouve auprès de moi, donc je leur fais confiance, je m’en remets de nouveau aux autres.

Dans une courbe rapide, juste avant d’arriver à l’entrée d’un village, une voiture se trouve dans le fossé.

Devant rouler trop vite, le conducteur a perdu le contrôle de son véhicule, a fait un tonneau et a terminé dix mètres plus bas contre un arbre.

Les pompiers sont sur place mais impossible de sortir le passager qui est encore vivant mais qui ne répond pas.

Ils l’ont mis sous perfusion pour atténuer ses souffrances, mais ont peu d’espoir. L’homme a le volant dans le thorax et semble s’étouffer.

Ils attendent le camion de désincarcération.

Ce véhicule de secours arrivera trop tard, l’homme décédera dans sa Porsche 1924.

 

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Porsche 1924

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